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Poor Papa (Pauvre Papa) (1927)

Résumé Oswald reçoit la visite d'une cigogne venue lui déposer un bébé lapin. Peu à peu, les visites se multiplient et les cigogne...



Résumé
Oswald reçoit la visite d'une cigogne venue lui déposer un bébé lapin. Peu à peu, les visites se multiplient et les cigognes livrent les bébés comme des bombes dans la maison d'Oswald, n'hésitant pas à les déposer dans la cheminée ou à les lancer à travers les fenêtres. Le lapin chanceux décide de mettre un terme à ces allers et venues en ayant recours à différentes méthodes pour arrêter le flux continu des bébés...

Analyse
"I hope we never lose sight of one thing - that it was all started by a rabbit." Walt Disney aurait bien pu prononcer cette phrase en lieu et place de celle, autrement célèbre, consacrée à Mickey Mouse ; car c'est bien par un lapin que tout commença - ou presque. La première série entièrement animée de Disney fut celle d'Oswald le lapin chanceux, considéré comme l'ancêtre de Mickey. Elle ouvrait qui plus est de nouveaux horizons en termes de gags et de scénario pour les animateurs, libérés des contraintes qu'imposait une série animée avec des prises de vue réelle telle que Alice comedies, qui semblait intéresser de moins en moins le public à entendre Universal Pictures.

A la fin de l'année 1926, Carl Laemmle, directeur d'Universal Pictures, prit contact avec Charles Mintz pour lui faire part d'une décision importante ; le lancement d'une nouvelle série animée. "Et pourquoi pas un lapin ?" suggéra Laemmle. Universal souhaitait partir sur de nouvelles bases et misait sur un tout nouveau personnage, bien différents des chats comme Felix the Cat ou Krazy Kat, qui étaient alors légion dans les dessins animés. Mintz suggéra à Laemmle qu'il connaissait un studio capable de créer la nouvelle série, les studios Disney situés à Hollywood.

En janvier 1927, à la demande de Charles Mintz, Walt et son équipe mirent donc fin à la série Alice comedies et commencèrent à plancher sur la nouvelle série animée. Afin d'obtenir le feu vert pour la production, Walt envoya à Mintz différents croquis sur sa nouvelle star dont les traits ont été imaginés par Ub Iwerks. Séduit par les croquis, le producteur appellera le personnage Oswald le lapin chanceux, parce que, pense t-il alors, "il se sortira toujours du pétrin". L'idée fait son chemin y compris auprès d'Universal, qui commande un premier dessin animé à Disney dédié au lapin dés le mois de mars. Le 4, Mintz est invité à venir signer le contrat avec Universal qui engage Disney à livrer 26 films de la série Oswald.

Les premières esquisses ébauchées par Iwerks feront dire à Roy Disney que le personnage était alors le miroir de son dessinateur : "C'est la façon dont Iwerks se voit, et je ne pense pas que cela fonctionnera." En avril, la production de Poor Papa, qui a durée à peine deux semaines, arrive à son terme. Hugh Harman, animateur sur Poor Papa, se souvient d'une scène qu'il anima alors : "Le thème principal était qu'Oswald s'impatientait en raison de l'arrivée de cigognes apportant de nouveaux petits lapins. Il était sur le toit de sa maison, avec un fusil de chasse, et essayait d'éloigner les cigognes comme il pouvait".

Le pilote est finalement livré en avril 1927 en vue d'être projeté lors d'une séance test, qui révélera si le cartoon mérite ou non une sortie généralisée. L'enjeu est de taille et l'avenir d'Oswald, la production de quelques 26 épisodes de la future série - comme le veux le contrat signé par Roy et Walt - tient alors essentiellement à l'accord du distributeur. Mais la réponse d'Universal et de Winkler est cinglante. Le distributeur, qui s'attendait à voir un personnage aux allures d'un Charlie Chaplin, rejette massivement le film que Disney vient de lui soumettre. Les motifs invoqués par les observateurs mandatés par Universal sont nombreux et tiennent à des remarques sur l'animation et sur le personnage d'Oswald même : il n'y a pas assez de scènes d'action, une animation pauvre et de mauvaise qualité, saccadée au début du film, une succession de gags indépendants et un ensemble qui manque de dynamisme.

Pour Universal, Oswald est loin d'être un personnage drôle : monotone, fade, trop gros et trop âgé pour plaire aux enfants. Les observateurs rejettent en bloc le film et déconseillent fortement à Universal de l'exploiter en salles. En outre, Mintz estime qu'Oswald est trop moyen et antipathique ; il doit "paraître jeune et accrocheur, avec un monocle" plutôt qu'un père décrit comme vieux et en forme de poire présenté dans Poor Papa. Pour ces différentes raisons, Poor Papa ne sera pas diffusé sur les écrans juste après sa production et sera mis aux oubliettes pendant de longs mois avant une sortie tardive sur les écrans en août 1928.

Lorsqu'il fait face à ces critiques, Walt Disney est assommé mais il défend sans condition le travail accomplit par Ub Iwerks "l'animateur le plus talentueux des studios" ; il doit en revanche avouer que le travail a été fait dans l'urgence ce qui explique la mauvaise qualité de l'animation. Mintz espère que Disney prendra en compte ces avis pour améliorer le personnage dans les épisodes à venir. Comme il l'écrit dans sa lettre à Disney : "Mon contrat avec Universal est sous réserve de leur approbation des deux premiers films (...) Il faut éviter toute répétition à moins d'être sûr qu'il y a de l'humour. Il faut aussi rendre Oswald plus jeune et accrocheur (...)". Walt promit aux investisseurs d'Universal des améliorations sur le personnage, visant à le rendre plus jeune, "plein d'entrain, alerte, hardi et aventureux" pour le garder en forme et accrocheur.

Ce n'est qu'à force de persévérance, que Walt réussit enfin à imposer son personnage quelques mois après dans une nouvelle histoire, Trolley Troubles, dans laquelle le personnage a été entièrement revu sous l'impulsion d'Ub Iwerks. Le lapin y est alors remanié entièrement ; Walt et Ub lui enlèvent ainsi sa salopette et ses bretelles et le rendent nettement plus jeune. L'action et de nouveaux gags sont ainsi imaginés pour l'épisode suivant. Malgré tous ces changements, le personnage satisfaisait moyennement Mintz et Universal ; ce n'est qu'avec la production de The Mechanical Cow, dans lequel Walt mettra toutes ses idées neuves en pratique, que producteur et distributeur seront conquis, en attendant la suite.

En février 1928, Disney se rend à New York avec l'espoir de renégocier son contrat avec Mintz pour la série Oswald et demander une augmentation de 2,250 à 2,500 US$ par film produit ; il est alors loin de se douter que son producteur souhaite tout l'inverse : une baisse de 20% des coûts de production. Pire : Charles Mintz, qui a renouvelé son contrat avec Universal pour trois ans de plus, entreprend de rallier sous sa bannière les artistes de Disney qui produisent la série Oswald et, par la même occasion, de prendre tout bonnement la production des Oswald à son compte avec Walt comme simple associé.

Un ultimatum était fixé à Disney ; soit il acceptait la coupe budgétaire et la perte de son personnel, soit il perdait totalement les droits sur Oswald, qui appartenait alors légalement à Universal Pictures. En mars, après de longues négociations et des rencontres infructueuses avec de potentiels distributeurs, Walt mit fin aux pourparlers et accepta la mort dans l'âme la perte de ses droits sur le lapin ; dans une dernière entrevue avec Mintz, il lui lança : "Charlie, tu veux Oswald ? Alors tu peux le prendre. Il est tout à toi." . Mintz récupéra donc le personnage d'Oswald et, par la même, prit sous sous son escarcelle plusieurs artistes des studios Disney à l'exception d'Ub Iwerks et des animateurs apprentis Les Clark et Wilfred Jackson.

Les films d'Oswald étaient très réussis. A la fin de notre première année [de production], en raison du succès qu'ils avaient rencontré, je m'attendais bien sûr à demander plus d'argent pour les réaliser à un niveau de qualité encore plus élevé. Mais [Charles Mintz] et moi étions en désaccord sur ce sujet, et il a décidé qu'il pouvait très bien continuer sans moi - Walt Disney



Bien vite, Universal mit la pression à Charles Mintz pour la production de la deuxième saison d'Oswald, pour livrer de nouveaux épisodes de la série dans les meilleurs délais ; dans l'urgence, et parce qu'il doit désormais produire la série sans l'intermédiaire de Walt, Mintz associé à M.J Winkler prend l'initiative de ressortir des cartons à l'été 1928 la bobine de "Poor Papa", le court métrage qu'il avait pourtant rejeté un an plus tôt lorsqu'il avait été proposé par Disney. Après avoir subi de nombreux changements esthétiques sous la plume de Charles Mintz puis de Walter Lantz, le lapin tombera peu à peu en désuétude après 1938 et finira par disparaître des écrans dans les années qui suivent.

Quant à Walt Disney, la perte des droits du lapin chanceux le mènera tout droit à Mickey Mouse, dont la légende veut qu'il soit né dans le train qui ramenait Walt et sa femme Lilian en Californie comme le dira Disney plus tard : "J'étais seul et je n'avais rien. Madame Disney et moi revenions de New York dans le train et je devais faire quelque chose... je ne pouvais pas leur dire que j'avais perdu Oswald. C'est alors que cette souris m'est venue à l'esprit..." Parallèlement aux premiers courts métrages de Mickey, la production des cartoons d'Oswald par Disney se poursuivra et ce sont au total 26 films qui seront livrés à Universal comme le prévoyait le contrat.

Malgré l'échec de Poor Papa à ses débuts, l'idée de lancer une série sur Oswald était bien née, et sa carrière semblait prometteuse, comme l'affirme un article du Daily Mail de l'époque : "Oswald ressemblait à un concurrent sérieux. Walt Disney est à l'origine de cette nouvelle série. C'est amusant de voir que les créateurs de dessins animés n'ont jamais été emballés par le lapin avant. [ndlr : l'article doit faire allusion à des personnages de cartoons populaires à l'époque tels que Félix le Chat). Oswald, avec ses longues oreilles, a un bon potentiel pour créer de nouveaux gags, et d'en tirer le meilleur profit. Universal était à la recherche d'un bon personnage animal depuis l'an dernier. Ils l'ont enfin trouvé." 

Oswald n'avait pas l'air bien différent d'autres personnages comme Félix le Chat. C'est cependant la grande ingéniosité de ses gags, en particulier dans Trolley Troubles puis dans les films qui suivirent, qui est à l'origine de la renommée de la série. En effet, c'est avec elle qu'Iwerks mit au point un nouveau genre d'humour, le "machine gag", sorte d'humour mécanique dans lequel le personnage pouvait utiliser plusieurs parties de son corps comme ses oreilles ou sa patte.

Passé le succès de Trolley Troubles, Poor Papa est enfin projeté tardivement sur les écrans le 8 août 1928, plus d'un an après sa production. Bien que considéré comme perdu pendant plusieurs années, des copies de Poor Papa existent pourtant bel et bien ; l'un des exemplaires existant en format 16 mm, d'une durée de plus de 5 minutes, a ainsi été proposé aux enchères en mai 2014 par la société Bonhams et vendu à 7,500 US$.

En juin 2015, à l'occasion du cycle de projection "The Movies Celebrates Walt Disney Animation Studios" organisé par le Los Angeles Chamber Orchestra, Poor Papa et Africa Before Dark (1928), un autre cartoon d'Oswald, ont bénéficié tous deux d'une restauration complète supervisée par Dave Bossert, producteur, directeur artistique et chef des "Classic Projects" de Walt Disney Animation Studios. Pour la première fois depuis leur sortie en version muet, les deux courts métrages du lapin ont ainsi reçu une partition originale mise en musique par le compositeur Mark Watters.

Note
4.5/5

Détails
Date de sortie : 6 août 1928 (États Unis) par M. J. Winkler Productions
Noir & Blanc (muet)

Autre(s) date(s) :
22 mai 1928 : dépôt de copyright par Universal
26 août 1928 ?

Réalisation :
Walt Disney

Animation :
Ub Iwerks
Hugh Harman
Friz Freleng
Rollin "Ham" Hamilton
Norm Blackburn
Ben Clopton
Les Clark

Caméra :
Rudolph Ising
Mike Marcus

Scénario :
Walt Disney

L'équipe
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Hugh Harman Animateur
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Les Clark Animateur
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