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Clarence Nash : "J'ai fais environ neuf films avec la voix de Mickey."

Vous trouverez ci-dessous une interview avec Clarence Nash , réalisée par Don Peri le 11 janvier 1977, que j'ai l'honneur de vou...



Vous trouverez ci-dessous une interview avec Clarence Nash, réalisée par Don Peri le 11 janvier 1977, que j'ai l'honneur de vous présenter dans une version française inédite traduite du livre "Working with Walt : interviews with Disney Artists."

Don Peri : Vous avez déclaré connaître Harry Truman (ndlr : le 33e président des Etats Unis de 1945 à 1953) quand vous étiez jeune ?
Clarence Nash : Oui, c'était un bon copain. Je croyais, comme beaucoup d'autres gens aussi, qu'il entrerait vraiment dans l'histoire comme un des grands présidents. C'était un homme avec des principes. Quand je le connaissais, j'étais un jeune travaillant dans une épicerie, il voulait y rentrer et rendre visite à un de ses amis de l'armée dont le beau-père possédait le magasin.

D.P : Vous avez aussi livré des journaux.
C.N : Oui, je distribuais le même journal [Le Kansas City Star] que Walt Disney autrefois, mais je distribuais aussi le Kansas City Journal. Plus tard, il devint le Journal-Post. Là-bas, il y avait une ligne de tramway , et on avait des sacs de journaux qu'on accrochait à un poteau de telle sorte que les gens pouvaient acheter les journaux sur le chemin du travail et déposer la monnaie dans le sac. Bien des fois je retrouvais le sac rempli et la monnaie disparue. Je n'ai jamais eu à compenser [la perte]. Les journaux étaient vraiment bons avec moi. Ils me payaient bien mieux que ce que je gagnais quand je travaillais à l'épicerie.

D.P : J'ai lu plusieurs interprétations sur comment vous en êtes venu à travailler aux studios Disney.
C.N : Je vais vous dire comment cela s'est passé si vous voulez bien. Lorsque j'ai fais la connaissance de ma femme [ndlr : Margaret Seamans], je faisais ce que ma famille voulais que je fasse ; ils voulaient que je me marrie, que je m'installe. Avant ça, j'ai voyagé dans le spectacle, le lycée Chautauqua et quelques vaudevilles. Après une tournée avec le Canadian Chautauqua en 1928, je suis retourné dans une petite ville dans le nord de la Californie où j'ai travaillé et où j'ai rencontré ma future épouse. Après, nous nous sommes mariés à San Francisco où j'ai travaillé pour le Post Telegraph. Un jour où je recevais du monde à un dîner, un homme, Jay Dutter, s'assit à côté de moi et me dit : "Si un jour tu es à Los Angeles, j'aimerais que tu passes me voir". Quelques mois après mon mariage, j'avais perdu mon travail.

La Dépression commençait à s'installer. Alors, j'ai décidé de me rendre à Los Angeles. On a pris le moyen de transport le moins cher, le cargo. Puis, j'ai contacté Jay Dutter qui était avec le California Dairy Council. Il s'arrangea pour que j'apparaisse dans un programme de la radio KHJ et ensuite il me demanda de participer au pique-nique de la Dairyman's Association. Jay passa me prendre moi et un autre gars qui allait devenir le vice président de la Milk Company. Il m'engageait parce que je pouvais amuser. Je ne pouvais pas décrocher un job si je ne pouvais pas divertir. Je suis quelqu'un relativement pieux. Je crois que c'est ce que le Bon Dieu voulait. A un moment, j'étudiais la médecine et me voilà le plus grand coin-coin du pays ! Environ deux ans plus tard, quelques amis m'ont écris de San Francisco. Ils me disaient : "On ne t'a pas entendu à la radio récemment". Alors je repartis pour le même programme de la radio et offrit de travailler sans être payé.

C'était cette nuit où Walt Disney m'entendait. Je ne le connaissais pas encore, bien sûr. Entre-temps, je voulais travailler à la Adhor Milk Company. Je voulais conduire un chariot de lait en miniature avec des petits chevaux. On les appelait les chevaux de Peter Pan. Le jour de l'an de 1931, j'ai conduis ce petit chariot à la "Rose Parade" derrière la voiture du livreur de lait Adhor. Je me rendais dans les écoles et dans les réunions d'école. J'imitais les oiseaux pour les enfants. Les professeurs ne semblaient pas y faire attention. Je leur donnais des petits puzzles et des objets avec de la publicité. Quelques fois, les gens me disaient : "Vous devriez rencontrer Walt Disney". A dire vrai, je n'avais jamais entendu parler de Mickey Mouse. Je n'avais pas les moyens d'aller voir les spectacles. Deux jours après mon apparition à la radio, je conduisais le chariot sur Hyperion Boulevard [Avenue] et je passais devant cet immeuble et devant un affichage de Mickey Mouse avec dessus "Walt Disney Studios. Home of Mickey Mouse". Je me suis rangé sur la bordure du trottoir et je partis avec ma tenue d'Adhor. C'était une petite entreprise. Le standardiste était à la fois le réceptionniste. Je lui donna un petit prospectus de mon travail à Adhor Milk Company.


Quelques jours après, Wilfred Jackson me contactait. Il avait besoin de quelques sons d'oiseaux pour une Silly Symphonie. Je lui fis quelques imitations d'oiseaux. "Vous pouvez faire autre chose ?". Je lui répondis "Oui, je vous donnerai ce que j'ai appris sur scène." J'ai imité des bébés poulets, des bébés dindes, des bébés canards, un canari chantant. J'ai aussi fait le canard chantant "Mary Had a Little Lamb". Wilfred Jackson se mit à son bureau et tira sur un levier qui envoya le son au bureau de Walt. Walt avait accouru. Je n'avais pas encore fini "Mary Had a Little Lamb" qu'il se tournait vers Jackson et lui dit : "Voilà notre canard parlant." Je ne savais pas ce que cela signifiait. En quittant le studio, je fis la connaissance de Ted Osborne qui était le producteur de l'émission de radio The Merry Makers. Il me dit : "Hé, Walt t'a entendu cette nuit. Il était à ta recherche." On venait juste de se rencontrer, c'est tout ! J'ai toujours appelé ce petit personnage Mary parce que je faisais "Mary Had a Little Lamb" quand j'étais au Chautauqua.

D.P : Je crois que lorsque vous étiez au Chautauqua, vous avez appris comment bouger vos mains afin que vous puissiez jouer "Qui a peur du grand méchant loup ?"
C.N : Oh oui, un jour, tôt dans la matinée, Walt et moi on venait juste de se rencontrer. Je lui dit : "Hé Walt, j'ai un nouveau son". Il me dit "Bien, je veux l'entendre." Je fis le son et il me dit "Un jour, on trouvera une place pour mettre ça". Et il s'en est souvenu. J'ai refais le son dans une production à la télévision, A Day in the Life of Donald Duck [ndlr : Une journée dans la vie de Donald, que vous pouvez voir en version sous titrée français sur Youtube]

D.P : Lorsque vous avez fait "Mary Had a Little Lamb", est ce que c'était la même version que celle d'"Orphan's Benefit" [ndlr : épisode de la série Mickey Mouse] ?
C.N :  Oui, ça sonnait mieux - vous savez, la voix de Donald était plus développée que celle de Mary. Mais je ne voulais plus revoir Mary. Seulement Donald.

D.P : Je n'ai jamais vu The Wise Little Hen mais je devine que c'était le premier film...
C.N : C'était le premier film où il est apparu. Il faisait juste un petit rôle. Comme Pierre le cochon. J'ai fais sa voix également.

D.P : Que pensez vous de Cliff Edwards, Pinto Colvig, et de Jim McDonald ?
C.N : Jimmy Mac Donald faisait très bien les effets spéciaux. Il a fait la voix de Mickey, mais pas pour un film, seulement pour des enregistrements. Walt faisait la voix originale de Mickey. Quand Walt était partit en voyage, j'ai fais environ neuf films avec la voix de Mickey.

D.P : Vous avez aussi réalisé la voix de Mickey ? Je ne savais pas.
C.N : Oui.

D.P : Que pensez vous de Pinto Colvig ? J'ai lu des choses sur lui lorsqu'il travaillait dans un cirque et ainsi de suite.
C.N :  Une histoire que j'ai entendu sur lui était qu'il avait quitté le studio pour rejoindre un cirque. Il pouvait jouer de la clarinette à merveille.

D.P : Cela a toujours semblé être l'histoire américaine par excellence.
C.N : Quelques années plus tard, il jouait dans sa ville natale à Medford dans l'Oregon, marchant avec sa fanfare. Sa mère le vit là-bas et elle le sortit de la fanfare. A chaque fois que le cirque venait en ville quand Pinto y habitait, il prenait sa clarinette et partait jouer avec la fanfare. Wally Berry venait et dorlotait les éléphants. Il avait l'habitude d'entraîner les éléphants du cirque. J'ai aussi connu Wally. Je revenais de l'école avec quelques uns de ses cousins dans le Missouri.

D.P : Avez vous fait un autre travail aux Studios Disney, à côté des imitations de voix ?
C.N : Ils ne semblaient pas vouloir de moi à d'autres endroits, juste que je sois là pour l'enregistrement du son. J'ai reçu différents invités à travers le studio. J'y ai reçu quelques sultans dans le temps. Des célébrités d'opéra et de ballet aussi.

D.P : Vous aviez aussi l'habitude de visiter les hôpitaux, n'est-ce pas ?
C.N : Oui, j'ai joué dans beaucoup d'hôpitaux.

D.P : Il y a quelques temps, j'ai écouté une émission de radio des années 1940 et ils y jouaient un extrait d'un spectacle de Edgar Bergen et de Charly McCarthy avec Walt Disney et Donald Duck.
C.N : J'ai assisté à l'émission de Bergen deux fois. Il y avait "Mickey Mouse on the Air", sponsorisé par Lever Brothers. Je me souviens, cependant, que lors de l'enregistrement à la radio, il [Walt] avait un peu de faux courage dans sa poche !

D.P : Lorsque vous travailliez à la radio, était-ce plus facile de travailler devant un public ?
C.N : Je me suis toujours amusé lors des émissions. C'est pourquoi j'ai aimé le Chautauqua - Je m'amusais bien plus que lorsque je travaillais devant un microphone pour enregistrer.

D.P : Comment pouvez vous décrire Walt Disney ?
C.N : Walt pouvait être amical par moments. Une fois, je me suis un peu disputé avec lui, et généralement, quand on se disputait là-bas, on partait aussitôt. Lorsque je suis parti de son bureau, je sifflais. Quelques semaines plus tard, j'avais une hausse de salaire. Il était gentil envers moi. En ce temps-là, ils avaient une politique qui faisaient que les imitateurs n'étaient pas supposés toucher de la publicité et d'une façon ou d'une autre, mon nom s'ébruitait. Je n'avais rien à voir avec ça (...), il pouvait vous sermonner. Il faisait ça très bien. Il pouvait vous dire des choses assez méprisantes.

D.P : Il pouvait aussi aller dans l'autre sens et faire prendre de l'élan aux gens.
C.N : Oui. Je pense que c'était un homme très franc, mais si quelqu'un le croisait, ça pouvait prendre du temps [à reprendre le dessus]. Une fois, il a eu un problème avec Pinto Colvig. Plus tard, tout était oublié. De même avec Ub Iwerks.

D.P : Pensez-vous que l'image de Walt Disney à la télévision, lorsqu'il animait ses shows, était aussi celle de la figure paternelle ?
C.N : J'aimais bien ses shows. Je trouvais qu'il était vraiment lui-même. Il faisait ça très bien. C'était un génie. J'ai vraiment eu de la chance de faire sa connaissance.

D.P : Avez-vous doublé une voix dans "Mélodie du sud" (Song of the South) ?
C.N : Non, je n'ai fais aucune voix, seulement l'oiseau bleu. "Mr Bluebird's on my shoulder" [ndlr : Clarence fait référence au bruit que fait l'oiseau bleu dans la chanson "Zip-A-Dee-Doo-Dah"]
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