TRÉSORS DISNEY

Tous les courts métrages, créateurs et raretés des studios Disney : secrets de productions, projets avortés de courts métrages, documents originaux...




The Eyes Have It (Donald et le Fakir) (1945)

Résumé
A l'aide des ses lunettes hypnotiques, Donald s'improvise fakir...

Analyse
En 1945, les studios commencent à consacrer "la quasi totalité de [leurs] installations au produit de divertissement" comme l'affirme un rapport annuel de la société. En effet, la "diminution générale" de la demande du gouvernement américain - comprendre la chute de la production de courts métrages de propagande - oblige Disney à recentrer l'essentiel ses activités sur sa production d'avant-guerre, celle des films d'animation et des courts métrages grand public, à commencer par les Trois Caballeros dont le personnage star est Donald, mais aussi Mélodie du sud. Pour autant, les studios n'écartent pas à court terme la possibilité de poursuivre la production de films animés éducatifs et de formation en temps de paix - de tels courts métrages seront ainsi réalisés jusqu'en 1946.

The Eyes Have It est le premier court métrage à prêter à Donald des pouvoirs extraordinaires, en l’occurrence la faculté de prendre le contrôle d'un "sujet de faible intelligence" [sic] grâce à des lunettes hypnotiques qu'il a reçu en kit. C'est sans surprise le pauvre chien Pluto qui fera les frais, une fois de plus, de la bêtise et de la maladresse de Donald. Le canard se sert en effet de ce dernier comme cobaye pour ses expériences d'hypnose et lui fait croire qu'il est tour à tour différents animaux, de la souris à la tortue. Mais tout se complique lorsque Pluto, devenu un poulet, se met à défier un coq. Pour lui faire gagner le combat, Donald a de nouveau recours à l'hypnose et fait croire à Pluto qu'il est un lion, mais hélas les lunettes hypnotiques se brisent. Notre ami se trouve alors pourchassé par le fauve qu'est devenu Pluto, jusqu'au moment où une heureuse chute vient mettre un terme à la poursuite.

C'est Pluto qui vole le temps d'un court métrage la vedette à Donald. Mais ne devient pas hypnotiseur qui veut ! C'est ce que Donald apprendra à ses dépends face aux différents animaux qui se présentent à lui en la personne de Pluto. A l'époque, faut-il le rappeler, Donald était plus populaire que Mickey sur de nombreux aspects, à commencer par son tempérament colérique mais aussi par son éternelle malchance. Contrairement à d'autres courts métrages de la série, The Eyes Have It manque hélas de dynamisme sur de nombreux points ; seul le travail sur l'animation, en particulier concernant les transformations de Pluto en différents animaux, permet de compenser la faible présence de gags. D'autre part, le canard joue ici un rôle, celui d'apprenti fakir, qui aurait très bien pu échoir à Mickey...

Références
HISCHAK (Thomas S.), Disney Voice Actors : A Biographical Dictionary
LENBURG (Jeff), The Encyclopedia of Animated Cartoon

Vidéos
Donald et le Fakir (1945) sur Youtube

Détails
Date de sortie : 30 mars 1945 (États Unis) par RKO Radio Pictures
Couleur (Technicolor)

Réalisation :
Jack Hannah

Animation :
Bob Carlson
Hugh Fraser
Don Patterson
John Reed
Yale Gracey (layout)
Thelma Witmer (background)

Scénario :
Bill Berg
Ralph Wright

Musique originale :
Paul J. Smith

Voix originales :
Clarence Nash (Donald)
Pinto Colvig (Pluto)

Autumn (Automne) (1930)

Résumé
A l'approche de l'hiver, les animaux de la forêt se mettent à rassembler leurs provisions...

Analyse
En 1929, le studio inaugura une série de petits films d'animation baptisée silly symphonies qui, comme son nom l'indique, devait mettre non seulement l'accent sur la musique mais aussi recourir aux toutes dernières innovations techniques et artistiques en matière d'animation et en expérimenter de nouvelles. A l'origine de cette série, un homme, Carl W. Stalling, qui devait révolutionner le concept de court métrage musical en proposant d'accompagner le récit uniquement par de la musique. Au cours de la première année de production des silly symphonies, une série thématique consacrée aux cycles des saisons fut mise sur pied : Springtime (1929), Summer (1930), Autumn (1930) et Winter (1930). Elle dévoilait déjà le style avancé des animateurs des studios et annonçait des projets plus ambitieux qui prendront forme par la suite sous l'impulsion de Walt Disney, comme Fantasia. Le scénario était volontairement peu développé afin de privilégier l'animation et la musique qui devaient tous deux planter le décor.

Le premier de ces opus, Springtime, fut réalisé par Walt Disney en personne. Dans la période qui précéda les courts métrages Mickey, où l'on vit successivement la production des Alice comedies puis de la série Oswald le lapin chanceux, Walt était le réalisateur attitré de la presque totalité de ces cartoons. Mais au tournant de l'année 1930, avec la diversification des productions, son rôle évolua dans le studio vers celui de producteur exécutif, l'obligeant à "passer le flambeau" à ses animateurs. comme Ub Iwerks et Burt Gillett, lesquels feront évoluer considérablement la qualité de l'animation jusqu'à un niveau jamais atteint auparavant. Les silly symphonies dédiées aux quatre saisons sont précisément réalisées pendant une période de formation des animateurs des studios ; afin d'améliorer la qualité des dessins animés, Walt poussa ses animateurs à se perfectionner en assistant à des cours du soir, qui avaient lieu généralement le vendredi, à l'école d'art Chouinard Art Institute de Los Angeles. Autumn surpasse en la matière les deux opus précédents du seul point de vue des effets spéciaux, se permettant quelques audaces comme les reflets dans l'eau ou encore les effets utilisés pour la tempête de neige. Des années avant l'invention de la caméra multiplane, qui sera utilisée pour la première fois dans The Old Mill (1937), on y voit déjà une ambition réelle de la part des animateurs de donner de la profondeur au décor panoramique.

Autumn est la dernière silly symphony réalisée par Ub Iwerks avant son départ des studios le 25 janvier 1930. C'est aussi une des dernières participation de Carl Stalling, un autre ami proche de Walt, en tant que compositeur. En janvier 1930, désireux de proposer un contrat moins favorable à Walt Disney, le  distributeur Pat Powers de Celebrity Pictures se rapprocha d'Ub Iwerks, l'homme à qui l'on devait en partie la naissance de Mickey, et lui proposa de fonder son propre studio d'animation. Powers lui proposait pas moins de financer son futur studio d'animation et de doubler son salaire, passant de 150 à 300$ par semaine ! Iwerks n'était pourtant pas mal logé chez Disney avec lequel il travaillait depuis presque dix ans ; payé le double du salaire de Walt - 150 au lieu de 75$ la semaine, il possédait aussi des parts dans la société - environ 20%, lui assurant ainsi une position importante au studio. Les raisons de la séparation avec Iwerks semblent plus complexes : amis de longue date, les deux hommes entretenaient une relation faite à la fois de tension et d'émotion, de concurrence, à la limite de l'amour et de la haine, conditionnée par l'exigence de la réussite. A l'inverse de Walt, qui montrait des capacités à diriger des affaires, Iwerks se montrait plus réservé, hésitant à se mettre en avant.

Le 21 janvier, date à laquelle Iwerks annonçait à Roy Disney son intention de quitter les studios, une autre mauvaise nouvelle éclatait ; c'était au tour de Carl W. Stalling de donner sa lettre de démission. Quatre jours plus tard, Iwerks se rendait à nouveau dans le bureau de Roy pour lui annoncer qu'il reviendrait la semaine suivante terminer le cartoon "Autumn". Mais Iwerks ne se présenta pas ; tout laisse donc penser que le court métrage fut achevé tant bien que mal dans des conditions incertaines. Cette succession de départs provoque un bouleversement au sein des studios et rappelle de biens mauvais souvenirs à Walt, qui s'était déjà vu privé de plusieurs animateurs en 1928 au moment de la production des Oswald lors de la séparation avec Charles Mintz. Le départ d'Iwerks fut d'autant plus incompréhensible qu'attristant.

L'automne est bien sûr la saison où les animaux se préparent à affronter l'hiver qui approche, en témoigne la tombée des feuilles. Contrairement à Springtime (1929) et Summer (1930), où il était surtout question de petites bêtes ou d'insectes, Autumn fait figurer une variété d'animaux de différentes tailles, des ours aux castors en passant par des écureuils, des chenilles et des canards. Les écureuils sont à coup sûr les plus intéressants des personnages de l'histoire dans leur conception ; sorte d'hybride entre Julius, Oswald et Mickey, ils en reprennent les principaux éléments, des yeux de Julius au corps d'Oswald sans oublier les célèbres oreilles de Mickey. Plus de 80 ans après sa sortie, Autumn reste, à l'image d'autres cartoons de cette époque, encore d'actualité aujourd'hui et conserve tout son attrait, misant tout sur le réalisme et la créativité.

Références
BARRIER (Michael), The Animated Man : A Life of Walt Disney
BOSC (Michel), L'art musical de Walt Disney : L'animation de 1928 à 1966
LENBURG (Jeff), The Encyclopedia of Animated Cartoon
LENBURG (Jeff), Who's Who in Animated Cartoons : An International Guide to Film & Television
MERRITT (Russell.), KAUFMAN (J.-B), Walt Disney's Silly Symphonies : A Companion to the Classic Cartoon Series
SMITH (Dave), Disney A to Z : The Updated Official Encyclopedia
WATTS (Steven), The Magic Kingdom : Walt Disney and the American Way of Life

Vidéos
Autumn (1930) sur Youtube

Détails
Date de sortie : 13 ou 15 février 1930 (États Unis) par Columbia Pictures
Noir & Blanc

Autre(s) date(s) :
11 au 17 avril 1930 : première à New York au Brooklyn Paramount

Réalisation :
Ub Iwerks

Animation :
Ub Iwerks
Les Clark
Johnny Cannon
Wilfred Jackson
Jack Cutting (assistant animateur)
Floyd Gottfredson (assistant animateur)
Carlos Manriquez (décors)

Musique originale :
Carl W. Stalling


 
blogger