TRÉSORS DISNEY

Tous les courts métrages, créateurs et raretés des studios Disney : secrets de productions, projets avortés de courts métrages, documents originaux...





Pluto Junior (1942)

Résumé
Le fils de Pluto joue dans le jardin avec différents objets, jusqu'au moment où son père est dérangé dans sa sieste...

Analyse
Pendant la seconde guerre mondiale, Pluto est l'un des rares personnages des studios Disney avec Donald à apparaître à la fois dans des courts métrages de guerre (The Army Mascot) et de divertissement comme Pluto Junior. Lorsque sa série a officiellement commencé en 1937, Pluto s'est montré sous un nouveau jour, celui d'un chien très indépendant qui erre en ville à la découverte d'endroits insolites. Ce n'était plus seulement le chien domestique de Mickey, cantonné à un rôle secondaire, mais un personnage central, qui plus est sans parole, qui pouvait occuper à lui seul la tête d'affiche.

Selon John Grant, c'est en 1942 que la carrière de Pluto prit un tournant décisif ; le personnage se trouve ainsi au centre de plusieurs histoires, dévoilant différents aspects de sa personnalité ; tombant ici amoureux de Dinah le teckel (The Sleepwalker), étant confronté là au difficile rôle de père (Pluto Junior) ou encore en devenant mascotte de l'armée dans une base militaire (The Army Mascot), le chien de Mickey du faire face à autant de situations très différentes.


Pluto Junior marque la seule et unique apparition du fils de Pluto sur les écrans. Ce court métrage n'est cependant pas le premier du genre dans lequel Pluto joue le "papa poule" ; le chien de Mickey avait en effet déjà été confronté au difficile rôle de père dans Mother Pluto (Papa Pluto, 1936) puis dans Pluto's Quin-puplets (1937) face à des quintuplés. Chacune de ces histoires est l'occasion pour Pluto d'essayer de sauver, tant bien que mal sa progéniture d'un désastre annoncé. Dans Pluto Jr., le petit chiot joue décidément avec les nerfs de son père, et cherche constamment à s'attirer des ennuis au grand dam de Pluto qui souhaite plus que tout faire une sieste.

Sans réelle ambition, avec un scénario misant tout sur l'aspect attendrissant et mignon du petit chiot, Pluto Junior passe pour un court métrage anecdotique dans la série, à tel point que le fils de Pluto ne sera, par la suite, plus jamais réutilisé. Pluto, quoique très secondaire dans l'histoire, réussit qui plus est, pour une des rares fois dans la série, à se faire voler la vedette par son propre fils, hélas trop peu convaincant dans le rôle titre...

Références
GRANT (John), Encyclopedia of Walt Disney's Animated Characters
HISCHAK (Thomas S.), Disney Voice Actors : A Biographical Dictionary
MALTIN (Leonard), Of Mice and Magic : A History of American Animated Cartoons
MALTIN (Leonard), The Disney Films
WILLIAMS (Pat), DENNEY (Jim), How to Be Like Walt

Vidéos
Pluto Junior (1942) sur Youtube

Détails
Date de sortie : 28 février 1942 (États Unis) par RKO Radio Pictures
Couleur (Technicolor)

Autre(s) date(s) :
2 janvier 1942 : dépôt de copyright ?

Réalisation :
Gerry "Clyde" Geronimi
Don A. Duckwall (assistant réalisateur)

Animation :
Ralph Wright (storyboards) ?

Musique originale :
Leigh Harline

Voix originales :
Pinto Colvig (Pluto)

The Band Concert (La Fanfare) (1935)

Résumé
Mickey dirige un orchestre de musiciens interprétant en plein air l'Ouverture de l'opéra Guillaume Tell de Rossini. Mais bien vite, la représentation est compromise par la venue de Donald, décidé à jouer les troubles-fêtes avec sa flûte en jouant l'air de Turkey in the Straw, et par le déferlement d'une tempête...

Analyse
Le premier court métrage de la série Mickey réalisé entièrement couleur est The Band Concert ! Il aura fallu attendre près de trois ans après la sortie de Flowers and Trees (1932), et convaincre Disney du bien fondé de franchir le cap, pour voir enfin la série Mickey toute entière passer au technicolor. Depuis 1932 en effet, Walt estimait que Mickey était déjà très populaire en noir et blanc et que tout changement vers la couleur serait superficiel pour la série, d'autant plus que le technicolor était très onéreux à utiliser dans les courts métrages. Par ailleurs, Walt tenait à différencier encore les deux séries d'animation, les Silly Symphonies, sorte de laboratoire des nouvelles techniques, étant produites en couleur depuis Flowers and Trees, tandis que les Mickey, tournés vers l'action et les gags principalement, le seraient en noir et blanc... du moins jusqu'en 1935.

Les personnages de The Band Concert étaient, cependant, déjà apparu indépendamment en couleur dans d'autres courts métrages : Mickey et Clarabelle avaient fait leur "première colorisée" dans Parade of the Award Nominees, un petit film créé spécialement pour les oscars 1932, et Donald et Pierre le cochon dans The Wise Little Hen (1934). La page des "black and white years" n'est, toutefois, pas encore tournée entièrement puisque deux courts métrages réalisés après The Band Concert, Mickey's Service Station et Mickey's Kangaroo, seront les tous derniers films de la série à être produits en noir et blanc. Le basculement de la série vers le technicolor avec The Band Concert marqua, pour certains, une étape décisive vers plus de maturité pour Mickey, comparé à Steamboat Willie (1928) qui avait été une sorte de révélation sonore pour le personnage.

Pour d'autres, la couleur amorça, paradoxalement, un déclin dans la carrière ascendante qu'avait connu Mickey jusque là ; celui qui était devenu, au fil des ans, le symbole des studios Disney ne pourrait plus  se permettre de réaliser certaines choses qu'il faisait par le passé, comme faire mal aux animaux pour produire des notes de musique. Mickey devenant un "gentil gars" beaucoup moins espiègle, afin de séduire toujours davantage de public, c'est Donald qui se hissa en principal concurrent de la souris dans les années qui suivirent, et pour une raison simple ; l'irascible canard pouvait se mettre facilement en colère et ses gags faisaient littéralement éclater de rire le public, là où Mickey était devenu beaucoup plus policé et moins réceptif aux situations comiques ; si bien que les animateurs commençaient à avoir des difficultés à développer des histoires comiques pour la souris.

The Band Concert remet au goût du jour le duo Mickey-Donald formé quelques mois plus tôt dans Orphan's Benefit (1934) où le canard, récitant alors un poème sur scène devant un auditoire d'enfants agités, s'était montré pour le moins agité. Son pouvoir de nuisance est aussi redoutable dans The Band Concert où ses incessantes interventions obligent l'orchestre à jouer tantôt sa musique, Turkey in the Straw, tantôt celle de Mickey, l'Overture de Guillaume Tell. Le New York Journal esquissa dans un article les traits du personnage de Donald prenant le dessus dans The Band Concert, un "mauvais canard, malicieux et espiègle, correspondant à tout l'attrait affolant des mauvais petits garçons et filles - un personnage grandiose". Le potentiel du canard s'était ainsi révélé au grand jour, motivant davantage Walt Disney à lancer dans l'avenir une série qui lui serait consacré entièrement.
"Il y avait des signes [qui montraient] que l'impudence et l'effronterie de la Souris diminuaient, que Mickey devenait poli" - Gilbert Seldes dans The New York Journal
En 1935, le concept de Mickey menant un orchestre musical derrière un pupitre paraissait déjà dépassé  et avait été utilisé plusieurs fois auparavant à commencer par The Barnyard Concert (1930), cependant, il trouva le sommet de la perfection dans The Band Concert. De la même façon, l'Overture de Guillaume Tell et Turkey in the Straw étaient des airs qui avaient déjà été joués séparément par le passé, et pourtant, le court métrage de Wilfred Jackson innove à tous points de vue en faisant correspondre parfaitement, sur un même tempo, les deux musiques qui appartiennent à des registres différents - la musique classique et celle populaire. Ce thème de l'animation en parfaite harmonie avec la musique classique aller trouver son prolongement quelques années plus tard dans le concept Fantasia (1940).

Presque tous les personnages célèbres des courts métrages Disney, à l'exception de Pluto et Minnie, sont sur la scène de The Band Concert ; à commencer par Mickey bien sûr, jouant le rôle de chef d'un orchestre hétéroclite composé de Dingo à la clarinette, Horace Horsecollar aux percussions, Clarabelle Cow à la flûte et même Pierre le cochon - qui avait fait sa première apparition dans The Wise Little Hen en 1934 et dont c'est ici son dernier rôle à l'écran - à la trompette. Enfin, deux nouveaux personnages, Gideon Goat au trombone et Paddy Pig au tuba, font leur première dans cet orchestre déroutant installé en plein air et dirigé par Mickey derrière son pupitre.

Donald, quant à lui, est le trublion de l'histoire qui parvient à se faire remarquer en jouant avec sa flûte, alors même que l'orchestre interprète l'Overture de Guillaume Tell, ce qui a pour conséquence de faire jouer les deux musiques sur le même tempo ; malgré l'agacement et la détermination de Mickey à jouer l'Overture jusqu'au bout, Donald parvient cependant à sortir de ses vêtements ou de son chapeau une nouvelle flûte à chaque fois que la précédente lui est cassée ou confisquée par Mickey ! The Band Concert est d'ailleurs l'un des rares exemples où les deux stars, Mickey et Donald, se mettent tous deux en colère, le canard étant, on le sait, souvent victime de son propre tempérament.

Si la plupart des personnages se contente de jouer de la musique sur la scène sous la direction de Mickey, Donald, lui, en simple vendeur de crème glacée, est à l'inverse le seul personnage parlant de The Band Concert. Lors du développement du projet, Donald était initialement pressenti pour jouer dans le rôle du saxophoniste du groupe. Mais Walt, qui tenait toujours un place importante dans le développement de l'histoire et des gags, écarta cette idée, pensant à juste titre que le personnage avait tout le potentiel pour jouer un rôle plus élargi dans The Band Concert. La musique qu'il joue avec sa flûte pour agacer Mickey et troubler son orchestre, Turkey in the Straw, a un air familier puisqu'on l'avait déjà entendu dans Steamboat Willie par l'action de Mickey, qui avait alors utilisé les animaux pour la produire. L'ironie du sort veut que, plus de sept ans après, cet air joué ad nauseam par Donald finit par énerver davantage Mickey qu'il ne le rend nostalgique.

Malgré les interférences musicales de Donald ne sont pas les seuls défis que doit affronter l'orchestre ; après l'abandon du canard, qui finit par venir à bout de son stock de flûtes qui semble inépuisable, un essaim d'abeilles fonçant sur Mickey finit par provoquer un chaos montre parmi les musiciens. Cet intermède précède la venue d'une violente tornade peu après que le groupe ait commencé à interpréter la séquence "The Storm". La tornade provoque une apocalypse telle que l'orchestre se trouve rapidement projeté dans les airs. En toutes circonstances et malgré ces agitations dommageables, Mickey et ses musiciens s’évertueront à jouer la partition jusqu'au final, la musique de l'orchestre parvenant à résister à la puissante tornade qui les entraîne dans les airs.

Sous la direction de Wilfred Jackson, le futur réalisateur de Snow White and the Seven Dwarfs (1937), The Band Concert rassemble parmi les plus grands artistes des studios, à commencer par Les Clark qui a animé toutes les séquences avec le personnage de Mickey, en lui prêtant un caractère sympathique, dans le costume du chef d'orchestre frustré qui se bat pour mener à bien son orchestre. Dick Huemer emboîta le pas à Les Clark dans l'animation d'un Donald joyeux mais agaçant à la fois, que Mickey finit par ne plus supporter.


Peu après sa sortie le 23 février 1935, The Band Concert rencontra un succès considérable, devenant ainsi un des courts métrages de Disney les plus acclamés. Lorsqu'il visionna pour la première fois le petit film, le directeur de l'orchestre philharmonique de New York Arturo Toscanini fut tellement sous le charme du premier Mickey en couleur qu'il demanda au projectionniste s'il pouvait repasser à nouveau la bobine. La petit histoire veut que Toscanini visionnera au total six fois The Band Concert au cinéma tant il appréciait ce dessin animé ! La presse, dans l'immense majorité, ne tarissait pas d'éloges à propos du premier film en couleur de la série Mickey, le New York Times saluant "un Mickey qui avait basculé sous le Technicolor" et le Vogue magazine notant avec ironie : "nous ne sommes pas prêts d'oublier la figure épique d'Horace avec ses timbales dans 'The Band Concert'".

Le premier court métrage en couleur de la série Mickey ne remporte, hélas, aucune nomination pour l'oscar du meilleur court métrage d'animation - c'est la silly symphony Three Orphan Kittens qui rafle le titre pour l'année 1935. The Band Concert reçoit cependant, à l'occasion du Festival du Film de Venise, la médaille d'or dans la catégorie meilleur film d'animation de 1935. Le court métrage était toujours une légende une année après sa sortie, ce qui conduisit à sa réédition avec de nouveaux titres d'ouverture. N'ayant pas reçu l'oscar en 1935, le court métrage est cependant toujours considéré comme un chef d'oeuvre par ses pairs ; dans un sondage auprès des animateurs réalisé en 1994 par l'historien de l'animation Jerry Beck, The Band Concert a été classé comme troisième plus grand dessin animé de tous les temps et seul cartoon qui ne soit pas réalisé par Warner Bros. dans le top 5 de cette liste, ce qui en fait le Disney le mieux noté du classement.

The Band Concert est à considérer comme un grand classique, atteignant un point culminant dans le cinéma d'animation. Commençant avec légèreté dans les tons, The Band Concert finit de façon aérienne, à l'image de l'orchestre et du public venu pour l'écouter, qui se retrouvent tous chamboulés après le passage de la tornade. Qu'il s'agisse du costume taillé volontairement trop grand pour Mickey, du nombre impressionnant de flûtes sorties par Donald - on en dénombre environ 45 - ou encore des prouesses réalisées par les musiciens de l'orchestre soulevés par la tornade et continuant à jouer la partition, chaque séquence de ce court métrage se veut un grand moment d'anthologie et de divertissement pour les petits comme pour les grands.

Si The Band Concert a connu un grand triomphe, ce n'est pas seulement grâce à l'ajout de la couleur ou au rythme soutenu du début à la fin mais aussi à la présence des deux étoiles de l'époque, Mickey et Donald, accompagnés par d'autres personnages comme Dingo, Horace ou Clarabelle. L'arrivée de l'orage interférant avec la musique de l'orchestre, soulevé dans les airs mais qui continue à jouer sa partition, s'inspire d'un cartoon de Max Fleischer, Tree Saps (1930) ; cependant le film de Disney surpasse nettement ce dernier en particulier dans la dernière séquence, où la musique et l'action sont mieux synchronisés, le tout finissant sur un note d'humour. Les autres atouts du film, une musique classique magistralement orchestrée, aidée par une animation parfaite et des gags bien amenés, font de The Band Concert un petit bijou intemporel qui transcendera toutes les générations !

Figurant parmi les rares courts métrages présents dans les parcs d'attractions de Disney à travers le monde, autre signe de son immense popularité auprès du public, The Band Concert est ainsi au centre de l'attraction Silly Symphony Swings à Disney California Adventure, dont les décors s'inspirent de l'orchestre musical de Mickey. Le cartoon a enfin grandement influencé le spectacle Mickey's PhilharMagic à Magic Kingdom, Walt Disney World Resort.

Références
BARRIER (Michael), Hollywood Cartoons: American Animation in Its Golden Age
BECK, Jerry, The 50 Greatest Cartoons : As Selected by 1,000 Animation Professionals.
GABLER (Neal), Walt Disney : The Triumph of The American Imagination
GOLDMARK (Daniel), TAYLO (Yuval), The Cartoon Music Book
GRANT (John), Encyclopedia of Walt Disney's Animated Characters
HISCHAK (Thomas S.), Disney Voice Actors : A Biographical Dictionary
HOLLISS (Richard), SIBLEY (Brian), Walt Disney's Mickey Mouse : His Life and Times
KLEIN (Norman M.), Seven Minutes : The Life and Death of the American Animated Cartoon
LENBURG (Jeff), The Encyclopedia of Animated Cartoons
LENBURG (Jeff), Who's Who in Animated Cartoons : An International Guide to Film & Television
ROBB (Brian J.), A Brief History of Walt Disney
SINYARD (Neil), The Best of Disney
SMITH (Dave), Disney A to Z : The Updated Official Encyclopedia
TELOTTE (J.P), Animating space : from Mickey to Wall-E
THOMAS (Frank), JOHNSTON (Ollie), Too Funny for Words : Disney's Greatest Sight Gags
WATTS (Steven), The Magic Kingdom: Walt Disney and the American Way of Life

Vidéos
The Band Concert (1935) sur Youtube (français)

Détails
Date de sortie : 23 février 1935 (États Unis) par United Artists Pictures
Couleur (Technicolor)

Autre(s) date(s) :
23 février 1935 : première à New York au Radio City Music Hall

Réalisation :
Wilfred Jackson

Animation :
Les Clark (Mickey Mouse)
Johnny Cannon
Frenchy DeTremaudan
Ugo D'Orsi
Gerry "Clyde" Geronimi
Ferdinand Horvath
Dick Huemer
Jack Kinney
Wolfgang Reitherman
Archie Robin
Louie Schmitt
Dick Williams
Roy Williams
Cy Young
Hugh Hennesy (layout)
Terrell Stapp (layout)

Musique :
Leigh Harline (arrangement musical)
Zampa (Louis-Joseph-Ferdinand Herold) : musique du générique d'ouverture
William Tell Overture (Gioachino Rossini)
Turkey In The Straw

Voix originales :
Clarence Nash (Donald Duck)



 
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