TRÉSORS DISNEY

Tous les courts métrages, créateurs et raretés des studios Disney : secrets de productions, projets avortés de courts métrages, documents originaux...




The Jazz Fool (Le Fou de jazz) (1929)

Résumé
Mickey et son cheval Horace mettent sur pied un spectacle musical aux accents jazzy...

Analyse
1929 est incontestablement l'année qui consacre Mickey : en effet, pas moins de douze courts métrages de la série Mickey Mouse sont réalisés cette année-là, un rythme de production record pour l'époque ! Parmi les petits films qui ont contribué à façonner la popularité de Mickey figurent Mickey's Follies, Mickey's Choo Choo, The Jazz Fool ou encore The Plow Boy, qui marque la première apparition officielle d'Horace à l'écran ; tous ces films ont eu un succès unanime à travers les États Unis et Mickey Mouse est devenu à la mode d'ici la fin de l'année 1929. Mieux, la souris est devenue un produit d'exportation à l'étranger, à la carrière prometteuse : à l'instar de la France où la société Pathé, avec l'accord de Columbia Pictures, diffuse les tous premiers Mickey (The Opry House, When the Cat's Away, The Barnyard Battle...) dés l'été 1929, ou encore de l'Allemagne qui, certes plus réticente, diffuse ses premiers Micky Maus dés 1930 à travers la société de distribution allemande Südfilm AG.

Mickey se retrouve une fois de plus à la campagne mais cette fois-ci, pour jouer un numéro musical itinérant, "Mickey's Big Road Show" ; à la lecture de ce résumé, on pourrait facilement rapprocher l'histoire de The Jazz Fool à celle de Mickey's Follies (1929). Et on aurait raison. L'essentiel des ingrédients de ce dernier court métrage s'y retrouve en effet : un spectacle de vaudeville, l'omniprésence de la musique comme ligne directrice et un public animalier champêtre. En revanche, là où Mickey seul assumait le rôle dans Mickey's Follies, il joue cette fois-ci aux côtés du cheval Horace plusieurs numéros ; commençant d'abord par jouer de la musique populaire, il se lance bien vite dans le jazz, répertoire ô combien plus aléatoire, aidé dans sa tâche par un piano survolté qui devient rapidement incontrôlable. On pourrait encore faire le rapprochement avec des scènes de The Opry House. Et on aurait raison une fois de plus. L’interaction de Mickey avec un piano anthropomorphe n'est, en effet, pas une idée nouvelle dans la série.

Reste la performance d'un Mickey, qui a su se montrer très expressif, révélant sa colère, sa frustration ou encore sa joie à différents moments du court métrage. Mickey est cependant un personnage avec un fort potentiel pour les aventures et il n'a, hélas, pas l'occasion de faire preuve de cette qualité dans The Jazz Fool. Exit aussi les dialogues, qui avaient marqué une réelle avancée pour le personnage dans les films précédents ; Mickey ne prononce ici pas un seul mot, mis à part les syllabes incompréhensibles qu'il chante, et se voue corps et âme à la musique. Le jazz, mais aussi le ragtime, constituent pour lui une véritable renaissance vis à vis de son public. Le titre choisi pour The Jazz Fool s'inspire de deux films à succès de l'époque, avec Al Johnson dans le rôle de l'acteur principal : The Jazz Singer (1927) et The Singing Fool (1928). Combinés ensemble, les titres de ces films donnent en effet... The Jazz... Fool. Cependant, aucune référence explicite ou implicite de ces films n'est mentionnée dans le court métrage de Mickey.

Références
BARRIER (Michael), The Animated Man : A Life of Walt Disney
HOLLISS (Richard), SIBLEY (Brian), Walt Disney's Mickey Mouse : His Life and Times
LAQUA (Carsten), Wie Micky unter die Nazis fiel : Walt Disney und Deutschland
SMITH (Dave), Disney A to Z : The Updated Official Encyclopedia
WATTS (Steven), The Magic Kingdom : Walt Disney and the American Way of Life

Vidéos
The Jazz Fool (1929) sur Youtube

Détails
Date de sortie : 5 juillet 1929 (États Unis) par Celebrity Productions
Noir & Blanc

Autre(s) date(s) :
15 octobre 1929 ?
29 octobre 1930 : sortie en Allemagne sous le titre Micky Als Jazzkönig (Südfilm AG, Berlin)

Réalisation :
Walt Disney

Animation :
Ub Iwerks

Musique originale :
Carl W. Stalling

Voix originales :
Walt Disney (Mickey)
Marcellite Garner (Minnie)

Mickey's Choo-Choo (La Locomotive de Mickey) (1929)

Résumé
Mickey conduit une locomotive anthropomorphe et prend Minnie à son bord...

Analyse
Fin 1928- début 1929. Celui qui devait devenir la souris la plus populaire de tous les temps était loin, à cette époque, de s'imaginer qu'il allait incarner par la même occasion l'idole de générations entières : qui n'a pas eu au moins une fois entre ses mains la poupée, la montre ou encore le magazine dédié à Mickey ? Rien ne laisser présager que Mickey allait devenir une star aussi populaire, adulée par les enfants et les parents à travers le monde. Les douze premiers courts métrages de Mickey, qui comprenaient Steamboat Willie ou encore Plane Crazy, furent distribués entre novembre 1928 et décembre 1929 par une petite société quasi anonyme à l'époque, Celebrity Productions. Les animateurs étaient encore peu nombreux à participer à la production de ces courts métrages. Début 1929, Walt avait en partie remédié à ce problème en embauchant de jeunes animateurs de New York, qu'il avait contacté lorsqu'il s'était rendu sur la côte est. L'arrivée de jeunes talents comme Ben Sharpsteen en mars, Burt Gillett en avril ou encore Jack King en juin 1929 permit à Walt de diriger Ub Iwerks, lequel réalisait alors la presque totalité de l'animation, vers la supervision. A la fin de l'été 1929, Burt Gillett devint le principal réalisateur des Mickey et Ub Iwerks, assisté de Les Clark et Wilfred Jackson, fut chargé de superviser la production des Silly Symphonies sur les saisons. Dés lors, les courts métrages de 1929 semblent plus le fait de plusieurs animateurs que la main d'un seul homme.

La personnalité attachante de Mickey est une des raisons qui expliquent son véritable triomphe, comme aimait à le penser Walt Disney : "On a pensé que le public - et surtout les enfants - aimait les animaux petits et mignons. Je pense qu'on est plutôt redevable à Charlie Chaplin pour l'idée. On voulait quelque chose d'attrayant et on a pensé à une souris qui exprimerait un peu la mélancolie de Charlie Chaplin - un gars qui essaye de faire de son mieux. Quand les gens rient de Mickey, c'est parce qu'il est si humain ; c'est le secret de sa popularité". Il faut ajouter à cela la venue du son synchronisé, un pas de géant réalisé dans le domaine de l'animation. Tout change au courant de l'année 1929, quand des courts métrages comme Mickey's Follies, The Jazz Fool ou The Plow Boy rencontrent un accueil enthousiaste et unanime dans tous les Etats Unis. La série s'exporte même à l'international, à l'instar de la France où la société Pathé, avec l'accord de Columbia Pictures, diffuse les tous premiers Mickey (The Opry House, When the Cat's Away, The Barnyard Battle...) dés l'été 1929.

Un aspect essentiel de Mickey's Choo Choo est sans aucun doute l'humanisation et la personnalité insufflées à des objets ordinaires. La souris y conduit en effet un train anthropomorphe qui semble tout droit sortit d'un univers de cartoon. La locomotive, qui rappelle à bien des égards Casey Jr. de Dumbo, a ainsi tout bonnement droit à un petit dîner de charbon qu'elle ingurgite en moins de deux. L'action viendra quelques temps après quand le train devra surmonter des pentes très raides ressemblant étrangement à des montagnes russes, comme Oswald le lapin les avaient affronter autrefois dans Trolley Troubles. Mickey a recours comme à son habitude à des gags, qui sembleraient choquants de nos jours, dans lesquels il se sert des animaux situés près des instruments de musique comme des objets. Les dents d'un chien font ainsi office d'ouvre-boîte dans une scène. Cependant, si certains de ces gags semblent aujourd'hui désuets, il faut garder à l'esprit qu'ils ont été conçu à l'époque pour divertir et qu'ils avaient un certain écho auprès du public.

L'évolution majeure qui mérite d'être soulignée concerne les dialogues entre les personnages. Les animateurs leur ont laissé une large place, y compris entre Mickey et Minnie, sans pour autant délaisser les numéros musicaux et autres bruitages quasi omniprésents dans les courts métrages précédents. Les conversations entre les deux amants sont en effet rarissimes au cours des films précédents, où Mickey et Minnie se contentent de communiquer en faisant des mimes ou en chantant des musiques. Mickey et Minnie forment à coup sûr un joli couple qui n'est pas sans rappeler leurs débuts amoureux dans Plane Crazy. Lorsque Mickey demande à sa fiancée de jouer une chanson avec son violon, on assiste à une interprétation enjouée de "Look Away, Look Away, Dixieland". La voix si particulière de Mickey, celle de fausset, aurait vu le jour avec Mickey's Choo Choo ; auparavant, Walt Disney, qui doublait le personnage depuis ses débuts, lui avait donné un ton nettement inférieur, donc plus grave.

L'année 1929 est déterminante pour la série : c'est à cette date, il est vrai, que Mickey et Minnie délaissent l'univers de la campagne et des champs pour explorer celui de la ville moyenne. Mickey's Choo Choo est en effet bien loin de l'univers de basse-cour des courts métrages précédents. Dans ses tous premiers mois, les apparitions de Mickey se faisaient essentiellement avec peu de personnages à ses côtés hormis sa fiancée, Minnie, parfois ses amis Horace et Clarabelle, et souvent son ennemi Pat. Mickey's Choo Choo laisse entrevoir l'apparition d'un chien (teckel ?) qui se trouve avec Mickey à la gare et qui reprend plusieurs traits du personnage de Pluto. Ce chien était déjà présent dans Plane Crazy et il semble que les animateurs avaient planché sur un nom de travail, Pluto, qui n'était pas destiné à être connu du public à ce moment-là. En 1930, quand les aventures de Mickey sont sorties en comics et que Pluto a véritablement émergé sous la forme qu'on lui connaît, le teckel est apparu de nouveau (il prendra plus tard le nom définitif de "Wienie"). Les historiens estiment que The Chain Gang (1930) marque la toute première apparition de Pluto à l'écran, mais tout laisse à penser que l'idée de créer le personnage a germé plus tôt dans l'esprit des animateurs.

Mickey's Choo Choo figure parmi les nombreux cartoons qui ont popularisé Mickey dans tout le pays dés la fin de l'année 1929. Après quoi, Walt a décidé de poursuivre non seulement la production des Mickey, ce qui allait de soi, mais il a aussi commencé à réfléchir à la commercialisation de produits dérivés sur l'univers de la souris comme des montres, des comics, des jouets, etc. A la fin du film, Mickey et sa fiancée conduisent ensemble un petit chariot à levier, ce qui a inspiré un célèbre jouet fabriqué par la société Lionel. La petite histoire veut que les ventes du jouet auraient permis à elles seules de sauver le fabricant, durement frappé par la crise économique de 1929, faisant de Mickey "la souris qui a sauvé Lionel". En 1935, le petit jouet représentant le chariot à levier mené par Mickey et Minnie sera d'ailleurs vendu à plus de 250,000 exemplaires en moins de quatre mois et atteindra même le million d'unités vendues les trois années suivantes.

Références
BARRIER (Michael), Hollywood Cartoons : American Animation in Its Golden Age
GOLDMARK (Daniel), TAYLO (Yuval), The Cartoon Music Book
HOLLISS (Richard), SIBLEY (Brian), Walt Disney's Mickey Mouse : His Life and Times
LENBURG (Jeff), The Encyclopedia of Animated Cartoon
ROFFAT (Sébastien), Histoire du dessin animé français entre 1936 et 1940
SMITH (Dave), Disney A to Z : The Updated Official Encyclopedia
WATTS (Steven), The Magic Kingdom : Walt Disney and the American Way of Life

Vidéos
Mickey's Choo Choo (1929) sur Youtube

Détails
Date de sortie : 20 juin 1929 (États Unis) par Celebrity Productions
Noir & Blanc

Autre(s) date(s) :
été 1929 : production
1 octobre 1929 : dépôt de copyright ?

Réalisation :
Walt Disney

Animation :
Ub Iwerks
Ben Sharpsteen

Musique originale :
Carl W. Stalling

Voix originales :
Walt Disney (Mickey)
Marcellite Garner (Minnie)


 
blogger