TRÉSORS DISNEY

Tous les courts métrages, créateurs et raretés des studios Disney : secrets de productions, projets avortés de courts métrages, documents originaux...





Leigh Harline : la biographie

Avec plusieurs dizaines de compositions musicales pour les séries Silly Symphonies et Mickey mais aussi celles des films d'animation dont les plus connues, "Some Day My Prince Will Come" de Blanche Neige et les Sept Nains et "When You Wish Upon a Star" de Pinocchio, Leigh Harline (1907-1969) passe pour l'un des compositeurs les plus talentueux de Disney, reconnu pour sa sophistication musicale et son style musical inventif à bien des titres.


Leigh Harline (à gauche), aux côtés de Walt Disney (au centre) et de Frank Churchill (à droite)

En 1940, sur le podium avec Paul J. Smith et Ned Washington, Leigh Harline est au sommet de sa gloire ; il vient en effet de remporter deux Oscars, celui de la Meilleure musique originale et celui de la Meilleure chanson originale pour "When You Wish Upon a Star" de Pinocchio. Cette première récompense succède à une première reconnaissance de l'industrie du cinéma en 1938, date à laquelle la musique de Frank Churchill, Paul J. Smith et Leigh Harline pour Snow White and the Seven Dwarfs avait été nominée pour l'Oscar de la Meilleure musique originale, le film de Disney ratant de peu le titre prestigieux.

Né le 26 mars 1907 à Salt Lake City, Leigh Adrian Harline est le plus jeune enfant d'une famille nombreuse qui en comptait treize en tout. A la fin du 19ème siècle, ses parents, Charles Härlin et Johanna Matilda, originaires de Suède, avait déménagé à Salt Lake City dans l'Utah. Il en avaient profité pour changer leur nom ; Härlin, à consonance suédoise, deviendrait Harline, un patronyme sonnant plus "américain". Leigh, le dernier-né de la famille, élevé dans la religion mormon, grandit entouré de musique, apprenant le piano dés l'âge de 6 ans. Plus tard, une fois à l'Université d'Utah, le jeune homme étudiera le piano et l'orgue aux côtés du professeur J. Spencer Cornwall.

Peu après avoir obtenu son diplôme, il quitta en 1928 sa ville natale pour la Californie, une région où il espérait vite percer dans la musique et la radio. A San Francisco puis à Los Angeles, il travailla un temps dans des studios de radios en tant que compositeur, chef d'orchestre, arrangeur, instrumentiste, chanteur ou encore animateur. En 1931, à l'occasion d'une contribution à un radio, il est le premier à fournir la musique pour une émission diffusée depuis la côte ouest à travers tout le pays.

En 1932, Harline, remarqué par Disney, se fait embauché par les studios de Burbank en tant que compositeur/arrangeur. Sa mission principale : produire la musique des deux séries à succès de l'époque, les Silly Symphonies et les Mickey Mouse. Cette tâche, que le compositeur mènera à bien pendant une grande partie des années 1930, donnera les plus grandes musiques d'environ 50 courts métrages d'animation. Leigh imposera un style "Harline-esque" qui finira par dominer dans toutes ses compositions musicales. On lui doit ainsi le fameux air "The World Owes Me a Living" dans The Grasshopper and the Ants (La Cigale et la Fourmi), ou encore "Help Me Plant My Corn" dans The Wise Little Hen, une musique entonnée par la poule dans le premier film marquant la naissance de Donald à l'écran.

Avec environ 50 participations sur les courts métrages à son actif, Leigh Harline suit de près Frank Churchill sur le podium des plus grands compositeurs/arrangeurs de Disney des années 1930. Les deux hommes seront ainsi amenés à travailler ensemble sur les musiques de Lullaby Land (1933) et Funny Little Bunnies (1934). Mais les musiques de Leigh, plus sophistiquées, étaient faites sur-mesure pour les Silly Symphonies où la musique, en général très orchestrée et très proche de l'opéra, dominait comme jamais auparavant, à l'image de The Pied Piper (1933) ou de The Goddess of Spring (1934).

Cependant, c'est bien Snow White and the Seven Dwarfs avec des musiques comme "I'm Wishing", "Heigh-Ho" et "Some Day My Prince Will Come", puis Pinocchio qui donneront à Leigh Harline et ses coéquipiers Frank Churchill, Larry Morey et Paul J. Smith leurs lettres de noblesse. "When You Wish Upon a Star", couronnée de l'Oscar de la Meilleure musique originale et de l'Oscar de la Meilleure chanson originale en 1941, portera Harline au sommet de sa gloire. Parmi ses autres musiques connues dans le monde entier, on retiendra "Hi-Diddle-Dee-Dee" ou encore "Give a Little Whistle" de Pinocchio.

Par la suite, Harline diversifiera ses registres, composant ici des musiques originales pour la série Donald, là pour celle de Mickey, et plus rarement pour quelques courts métrages de Dingo ou Pluto. Après avoir quitté Disney à ce moment précis où sa carrière semblait prendre un tournant décisif, Harline se destina à un autre destin, celui de pigiste/compositeur indépendant, réalisant la plupart du temps des musiques originales de longs métrages mais de séries télé, pour d'autres studios d'Hollywood jusqu'à la fin des années 1960. Le 10 décembre 1969, des suites de complications d'un cancer de la gorge, Leigh Harline décéda à Long Beach, Californie, à l'âge de 62 ans, en laissant derrière lui un héritage considérable.

Citations originales... 
"[Les chansons de Leigh] ressemblaient à de la musique symphonique écrite par un bon compositeur de musique classique. (...) [Sa musique] était assez mélodique, mais ses contre-mélodies, sa structure harmonique, ont beaucoup plus contribué à l'efficacité finale de ses partitions. Leigh ne pouvait pas transmettre à fond les sensations de sa musique avec seulement deux mains et un piano." - Wilfred Jackson, animateur et réalisateur aux studios Disney

Ses participations chez Disney
- comme compositeur :
1933 : Father Noah's Ark
1933 : Mickey's Mechanical Man
1933 : Lullaby Land
1933 : The Pied Piper (Le Joueur de Flûte de Hamelin)
1933 : The Pet Store
1933 : The Night Before Christmas (L'Arbre de Noël)
1934 : The China Shop
1934 : The Grasshopper and the Ants (La Cigale et la Fourmi)
1934 : Funny Little Bunnies
1934 : The Wise Little Hen (Une Petite Poule Avisée)
1934 : Peculiar Penguins
1934 : The Goddess of Spring
1934 : Two-Gun Mickey
1935 : The Band Concert (La Fanfare)
1935 : Mickey's Service Station (Les Joyeux Mécaniciens)
1935 : The Cookie Carnival
1935 : Mickey's Garden
1935 : Pluto's Judgement Day
1935 : On Ice
1935 : Music Land
1936 : Mickey's Grand Opera
1936 : Elmer Elephant (Elmer l'Éléphant)
1936 : Thru the Mirror (De l'autre côté du Miroir)
1936 : Toby Tortoise Returns
1936 : The Country Cousin (Cousin de Campagne)
1936 : Mother Pluto
1937 : Woodland Café (Cabaret de Nuit)
1937 : The Old Mill (Le Vieux Moulin)
1938 : Boat Builders (Constructeurs de Bateau)
1938 : Wynken, Blynken & Nod (Au Pays des Étoiles)
1940 : Pluto's Dream House
1940 : Mr. Mouse Takes a Trip
1940 : Pantry Pirate (Pluto Resquilleur)
1941 : Chef Donald (Donald cuistot)
1941 : Golden Eggs
1941 : Baggage Buster (Attention fragile)
1941 : A Good Time for a Dime
1941 : Old MacDonald Duck (Donald fermier)
1941 : Donald's Camera (Donald Photographe)
1941 : Lend a Paw
1941 : The Art of Self Defense (Dingo champion de boxe)
1942 : Pluto Junior
1942 : The Sleepwalker (Pluto somnambule)
1942 : Donald Gets Drafted
1943 : Figaro and Cleo

- soundtracks :
1933 : The Night Before Christmas (music/lyrics "title song")
1933 : The Pied Piper (music/lyrics "In the Town of Hamelin")
1934 : The Grasshopper and the Ants (music "The World Owes Me a Living")
1934 : Funny Little Bunnies (music/lyrics: "See the Funny Little Bunnies")
1934 : The Wise Little Hen (music "Help Me Plant My Corn")
1935 : The Cookie Carnival (music "The Sweetest One of All")
1937 : The Old Mill (music)
1938 : Winken, Blynken and Nod (music/lyrics "title song")
1941 : Chef Donald (music "I've Got No Strings")
1947 : Donald's Dilemma (music: "When You Wish Upon A Star")

Références
GOLDMARK (Daniel), TAYLOR (Yuval), The Cartoon Music Book
HISCHAK (Thomas S.), ROBINSON (Mark A.), The Disney Song Encyclopedia
TIETYEN (David), The Musical World of Walt Disney

Cannibal Capers (1930)

Résumé
Un groupe de cannibales danse sur une musique quand, soudain, un lion féroce, venu interrompre la fête, se lance à leur poursuite...

Analyse
Cannibal Capers figure parmi le premier court métrage à être réalisé peu après les départs d'Ub Iwerks et de Carl Stalling des studios en janvier 1930. Malgré l'absence de ces deux figures emblématiques des studios, Burt Gillett, qui reprit la réalisation des Silly Symphonies, modifia peu dans l'immédiat l'idée originale de la série et son style essentiellement porté par Iwerks ; il y avait toujours un grand nombre de musiques et de l'action de la part des personnages.

Cependant, Gillett et ses animateurs surent jouer sur la venue d'une nouvelle caméra achetée à Universal Pictures, jugée plus souple et plus facile à manier dans Cannibal Capers, comparée à la caméra Pathé utilisée sur l'ensemble des dessins animés précédents de Disney depuis 1923. La nouvelle caméra permit ainsi de réaliser des scènes plus dynamiques, où l'utilisation du mouvement et des effets spéciaux seraient portés à leur apogée.

Cannibal Capers est remarquable entre autres par l'animation de Floyd Gottfredson ; on lui doit notamment la scène où le lion parcoure la jungle précédé d'un cannibale battant le tambour. Après avoir commencé sa carrière aux studios comme in-betweener, Gottfredson travaillait déjà depuis plusieurs années aux côtés de de Norm Ferguson et David Hand sur les Silly Symphonies. Lorsque Cannibal Capers sortit en mars 1930, Gottfredson se montrait très intéressé à propos des comics et demanda à Walt Disney de lui confier la bande dessinée des aventures de Mickey, un travail qu'il fera jusqu'en 1975.


Cannibal Capers use de nombreux stéréotypes concernant les tribus africaines (lèvres volontairement exagérées, etc...) qui seraient jugés offensants de nos jours, mais qui étaient souvent utilisés à l'époque, et pas seulement dans les cartoons. Plusieurs de ces caricatures présentes dans Cannibal Capers s'inspirent ainsi, pour la plupart, de celles utilisées dans Alice Hunting in Africa (1924) ou encore Alice Cans the Cannibals (1925). Cependant, malgré ces stéréotypes, les indigènes sont ici présentés comme des personnages drôles et sympathiques, contrairement à ceux de Mickey's Man Friday (1935), qui paraîtront alors agressifs vis-à-vis de Mickey.

Malgré un scénario simpliste et des personnages pour la plupart stéréotypés, Cannibal Capers passe pour court métrage intéressant d'un point de vue historique, proposant ici et là des gags amusants, à l'image de celui où un cannibale, déguisé en tortue finit par atterrir dans une marmite bouillante. L'animation de haute qualité, avec un lion superbement dessiné à chaque instant du film, et la musique signée Bert Lewis, prêtant toute la vivacité à l'animation et à la chorégraphie des personnages, sont sûrement les principaux atouts de ce court métrage.

Références
BARRIER (Michael), Hollywood Cartoons : American Animation in Its Golden Age
COHEN (Karl F.), Forbidden Animation : Censored Cartoons And Blacklisted Animators in America
HISCHAK (Thomas S.), Disney Voice Actors : A Biographical Dictionary
LENBURG (Jeff), The Encyclopedia of Animated Cartoons
WATTS (Steven), The Magic Kingdom : Walt Disney and the American Way of Life

Vidéos
Cannibal Capers (1930) sur Youtube

Détails
Date de sortie : 20 mars 1930 (États Unis) par Columbia Pictures
Noir & Blanc

Autre(s) date(s) :
13 mars 1930 ?
1er avril 1930 : dépôt de copyright

Réalisation :
Burt Gillett

Animation :
Les Clark
Floyd Gottfredson
Jack King
Ben Sharpsteen
Johnny Cannon
Tom Palmer
Norman Ferguson
Wilfred Jackson
Carlos Manriquez (backgrounds)

Musique originale :
Bert Lewis




 
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